Les Drapeaux

 

Hardi petit

La série Drapeaux n’est pas en reste d’humour.
À l’instar des bannières, ce qui domine à nouveau, ce sont les agencements des textes et des compositions graphiques des drapeaux, résurgences d’une révolution ou appel à une guerre qui n’aura pas lieu.

D’un côté, l’inscription; au revers, un rouge profond. Faisant presque écho avec les soldats de l’armée d’ombres dérisoires du film « Falstaff » d’Orson Welles, la figure de l’individu, auquel les mots et les ordres sont destinés, est ici représenté en arbre, tantôt doté d’un gros tronc, révoquant définitivement un possible mouvement, ou au contraire fin et droit, comme des pics dangereux qui menacent.
Sur ces étendards absurdes, au milieu de graphismes élaborés (en rouge, noir et blanc), on peut notamment lire en guise de slogan : « Arrière » – au-dessus d’un gros arbre noir effeuillé, effrayante ombre surgissant au centre de carrés rouges et blanc. Autre exemple : « Hardi Petit » – au-dessus d’un arbre pris dans un cercle blanc entouré d’un à-plat rouge, comme un soldat seul que l’on regarderait à la longue vue, là-bas, perdu sur le champ de bataille ; ou encore un terrible « Sus à l’ennemi », où de longs arbres se dressent comme des lances et barrent le carré central blanc de l’étendard, la voie de la perspective est ici sans
issue…
Au-delà de la magnificence plastique des pièces, les oeuvres de Françoise Jolivet jouent également avec les codes de l’art les plus avant-gardistes, voire les plus « punk ». Que l’on  pense par exemple aux Drapeaux édités en comics, ou à l’ironie de la peau de potiron présentée en Ostie sacrée dans son ostensoir.
Ainsi en ces oeuvres se mêlent humour et irrévérence, impératifs catégoriques de toute entreprise sérieuse !

Vincent Gérard, 2010