Les Bannières

 

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Voici venu, dans la vie et l’oeuvre de Françoise Jolivet, le temps agité de la révolte. « Ne prenez plus de gants, Voyez Rouge » est inscrit sur la première pièce de cette série : Bannières.
Celle-ci fait écho à l’armoirie religieuse catholique, qui perdure encore aujourd’hui dans les processions, en Bretagne ou en Espagne. La sortie de la bannière célèbre le culte lors des fêtes annuelles. Au retour, elle est rangée dans une armoire conçue à cet effet, accrochée au mur de son église. Françoise Jolivet reprend ici cette tradition. Naturellement, l’axe religieux est évacué ; cependant la force du code est bien présente. Sur la première bannière sont cousues plusieurs rangées de gants, presque désuets ou au contraire précieux (cette première pièce qui inaugure la série, sera suivie par des pièces de corporations différentes de gants : élégantes, travailleurs…). L’agit-prop se décline ici en boutade « dada ».
Comme pour les potirons gravés et scarifiés qui l’ont occupée tout au long des années 2000, l’artiste se joue de la préciosité de l’objet d’art et de la rugosité des arts populaires.
La majesté de cette pièce, de près de 2,50 mètres de haut, pose à nouveau la question du « voir », dans tous les sens du terme. Alors que l’on posait un regard contemplatif sur les potirons, la bannière et son armoire activent le désir et appellent à l’action : un dogme drolatique brille irrévérencieusement depuis un écrin sacré.

Vincent Gérard, 2010